CRPE, écrit de français : les erreurs que sanctionnent les jurys
L'épreuve écrite de français du CRPE a changé de nature en 2022 : plus de synthèse de dossier, plus d'analyse de productions d'élèves. Une bonne partie des méthodes qui circulent décrivent encore l'épreuve d'avant. Nous avons dépouillé 40 rapports de jury académiques (sessions 2021 à 2025) pour dire ce qui est réellement évalué aujourd'hui, ce qui est réellement sanctionné — et combien ça coûte.
L'épreuve a changé en 2022 : ce qu'on vous fait réviser pour rien
Avant de parler d'erreurs, il faut lever un malentendu qui coûte à lui seul des semaines de révision. L'épreuve écrite de français du CRPE n'est plus, depuis la session 2022, celle que décrivent une grande partie des manuels d'occasion, des fiches méthodo recopiées et des articles de préparation encore en ligne.
Depuis la session 2022, l'épreuve consiste à répondre à des questions sur un texte, en étude de la langue, puis en lexique et compréhension lexicale ; la troisième partie consiste à rédiger un développement pour répondre à une question en lien avec une thématique présente dans le texte-support.
L'arrêté du 25 janvier 2021 fixe le cadre pour les sessions 2022 à 2027 : un texte support de 400 à 600 mots (roman, nouvelle, littérature d'idées, essai), trois parties — étude de la langue, lexique et compréhension lexicale, réflexion —, une note sur 20 en trois heures, et une note inférieure ou égale à 5 qui élimine. L'arrêté du 17 avril 2025, qui régit le nouveau concours bac+3 depuis la session 2026, reprend exactement les mêmes trois parties, en plus court. Dans les deux textes, la didactique est absente.
L'épreuve précédente, celle de l'arrêté du 19 avril 2013, était un tout autre exercice : quatre heures, 40 points, une question sur un corpus de textes, une partie sur la connaissance de la langue, et surtout l'analyse d'un dossier de supports d'enseignement et de productions d'élèves, avec formulation d'hypothèses sur l'origine des erreurs. Cette partie « didactique », notée sur 13 points, était la plus échouée de l'épreuve, comme le constatait encore Bordeaux en 2021. Elle a disparu.
Conséquence pratique : les rapports de jury des sessions 2022 à 2025 sont, pour l'écrit de français, la meilleure documentation disponible — y compris pour les candidats du concours bac+3, dont les trois parties sont identiques mot pour mot. Les premiers rapports du concours réformé (session 2026) ne paraîtront pas avant l'automne 2026. Pour la vue d'ensemble du concours (postes, admis, barres par académie, maths et oraux), voir notre analyse chiffrée des rapports de jury ; le présent article se concentre sur le seul écrit de français.
Où se perdent les points, partie par partie
Le barème n'est pas figé, et c'est un premier piège. En 2025, plusieurs académies ont rebarèmé l'épreuve en faveur de la grammaire. Lille l'écrit noir sur blanc : la partie étude de la langue est passée à 8 points, « deux points de plus que l'année dernière », le lexique reste à 3 points et la réflexion descend à 9 points, « deux points de moins que l'an dernier ». Strasbourg annonçait en 2024 une répartition encore différente : 7 / 4 / 9. Autrement dit : lisez le barème imprimé sur votre sujet, il commande votre gestion du temps.
Étude de la langue
8 pts / 20
contre 6 en 2024 : la grammaire pèse deux points de plus (Lille, session 2025)
Réflexion
9 pts / 20
la partie la plus discriminante : 56 % des copies sous la moyenne (Aix-Marseille 2025)
Lexique
1,63 / 3
moyenne à Nantes en 2025 ; 51 % des candidats obtiennent moins de 1,5/3
Copies pénalisées
≈ 70 %
pour la seule correction de la langue du candidat (Nice, session 2025)
Ce que les copies obtiennent, partie par partie — session 2025
Moyenne obtenue rapportée au barème de chaque partie. Les trois académies ont corrigé le même sujet (un extrait de Marguerite Yourcenar) : les parties sont donc strictement comparables entre elles.
Étude de la langue
moyenne obtenue sur 8 points
Lexique et compréhension lexicale
moyenne obtenue sur 3 points
Réflexion
moyenne obtenue sur 9 points
Source : Rapports de jury 2025 des académies de Bordeaux, d'Aix-Marseille et de Nantes. L'académie de Normandie est écartée de la comparaison : la valeur qu'elle publie (3,004) est identique en 2024 et en 2025 alors que le barème a changé entre les deux sessions.
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| Partie | Académie | Moyenne obtenue | Part du barème |
|---|---|---|---|
| Étude de la langue | Nantes | 5,04 / 8 | 63,0 % |
| Étude de la langue | Aix-Marseille | 4,83 / 8 | 60,4 % |
| Étude de la langue | Bordeaux | 4,73 / 8 | 59,1 % |
| Lexique | Aix-Marseille | 1,77 / 3 | 59,0 % |
| Lexique | Nantes | 1,63 / 3 | 54,3 % |
| Lexique | Bordeaux | 1,32 / 3 | 44,0 % |
| Réflexion | Nantes | 5,13 / 9 | 57,0 % |
| Réflexion | Aix-Marseille | 4,75 / 9 | 52,8 % |
| Réflexion | Bordeaux | 4,72 / 9 | 52,4 % |
Les moyennes de l'épreuve varient fortement d'une académie à l'autre, alors même que le sujet 2025 était le même partout (un extrait de Marguerite Yourcenar). En 2025, la moyenne va de 9,70/20 à Reims à 11,83/20 à Nantes, en passant par 9,72 en Corse, 10,67 en Normandie, 10,77 à Bordeaux, 11,38 à Aix-Marseille, 11,67 à Clermont-Ferrand et 11,70 à Toulouse. Il n'existe aucune moyenne nationale : le CRPE est un concours académique.
Le vrai signal est ailleurs : la part de notes éliminatoires (5/20 ou moins) va de moins de 2 % à Strasbourg en 2024 à 16,9 % à Reims en 2025. À Toulouse, 71 copies sur 1 336 ont été éliminatoires en 2025, contre 31 en 2024 — le nombre a plus que doublé en une session.
Part des notes éliminatoires (≤ 5/20) à l'écrit de français
Chaque académie est datée de sa propre session : les valeurs situent l'ampleur de l'écart, elles ne se comparent pas d'année à année. Les rapports n'avancent aucune explication à cette dispersion.
Source : Rapports de jury des académies de Reims (2025), de Poitiers (2023), de Corse (2025), de Toulouse (2025), de Dijon (2024) et de Strasbourg (2024)
Voir les données
| Académie | Session | Notes ≤ 5/20 | Détail |
|---|---|---|---|
| Reims | 2025 | 16,9 % | 15,6 % à la session 2024 |
| Poitiers | 2023 | 14 % | — |
| Corse | 2025 | 13,2 % | 18,8 % à la session 2024 |
| Toulouse | 2025 | 5,3 % | 71 copies sur 1 336, contre 31 en 2024 |
| Dijon | 2024 | 2 % | 11 candidats |
| Strasbourg | 2024 | moins de 2 % | — |
Répartition des notes à l'écrit de français — Toulouse, session 2025
1 336 copies. La première tranche est éliminatoire. Le jury décrit la deuxième comme « des copies avec des lacunes importantes en étude de la langue ; réflexion souvent superficielle ».
Source : Rapport de jury de l'académie de Toulouse, session 2025
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| Tranche de notes | Copies | Part des copies |
|---|---|---|
| 0 à 5/20 (éliminatoire) | 71 | 5,3 % |
| 6 à 10/20 | 442 | 33,1 % |
| 11 à 14/20 | 597 | 44,7 % |
| 15 à 19,75/20 | 226 | 16,9 % |
| Total | 1 336 | 100 % |
Étude de la langue : les trois erreurs qui coûtent 8 points
C'est la partie où les copies décrochent le plus nettement. Trois familles d'erreurs y reviennent dans toutes les académies, toutes les sessions.
1. La phrase complexe : l'exercice le plus échoué du concours
En 2025, la question de délimitation et d'analyse des propositions a été la plus ratée de l'épreuve. Normandie : « Il s'agit probablement de la question la plus échouée de l'épreuve. » Nantes : « C'est l'exercice de grammaire qui a été le moins bien réussi. » Et Aix-Marseille livre la statistique la plus parlante de tout le corpus, sur 1 289 copies corrigées :
Il est à noter que la subordonnée infinitive n'a été repérée que dans deux copies.
Deux copies sur 1 289. Le jury de Nantes explique pourquoi : « le fait qu'une proposition infinitive possède son sujet propre ne semble pas connu de la majorité des candidats ». La cause de fond est une règle apprise à l'école et jamais révisée : « on compte les verbes conjugués ». C'est un raccourci de cycle 3, que la terminologie officielle prend en défaut dès qu'on quitte les cas simples.
Les confusions relevées par les jurys vont plus loin que la seule infinitive. Créteil décrit une phrase où les candidats voient des circonstancielles de lieu là où il n'y en a aucune :
Nombre de candidats ont reconnu des propositions subordonnées circonstancielles de lieu dans cette phrase exclusivement composée d'une proposition principale, d'une proposition subordonnée infinitive, d'une proposition subordonnée relative et de deux propositions indépendantes.
La Normandie relève qu'une indépendante coordonnée est « souvent analysée comme une proposition subordonnée conjonctive sous prétexte qu'elle commence par une conjonction de coordination », ce qui produit l'étiquette impossible « proposition subordonnée coordonnée ». Lyon relève des hybrides du même ordre — « relative complétive », « indépendante subordonnée » — et note que « certains candidats confondent “proposition” et “préposition” ». Surtout, le barème est impitoyable :
Aucun point n'a été attribué si le terme « proposition » n'apparait pas ou si les termes « indépendante » ou « subordonnée » ne sont pas mentionnés dans la réponse.
Le même principe du « tout ou rien » se retrouve à Lille (« si le temps ou le mode sont erronés, aucun point n'est accordé »), à Bordeaux en 2024 (« la réponse devait être exhaustive pour obtenir les points ») et en 2025 (« toute imprécision, même ponctuelle, a été sanctionnée »). Trois automatismes à installer :
- Distinguer conjonction et pronom relatif. Dans Je sais que tu viendras, que n'a aucune fonction dans la subordonnée : c'est une conjonction de subordination, la subordonnée est complétive conjonctive. Dans Le livre que je lis est passionnant, que reprend le livre et est COD de lis : c'est un pronom relatif, la subordonnée est relative adjective.
- Voir la virgule. Les élèves qui avaient bien révisé ont obtenu d'excellentes notes (sans virgules) : relative épithète, restrictive — seuls ceux-là. Les élèves, qui avaient bien révisé, ont obtenu… (avec virgules) : relative apposée — tous les élèves. La virgule change le sens et le nom de la fonction.
- Ne pas se tromper de classe sur « dont ». À Toulouse en 2025, dont « a pu être nommé “conjonction de coordination” ou “adverbe” ». C'est un pronom relatif — la liste des conjonctions de coordination est fermée : mais, ou, et, or, ni, car. Et sa fonction varie : complément du nom dans l'arbre dont les branches tombent, COI dans le dossier dont je m'occupe, complément de l'adjectif dans la réussite dont elle est fière.
2. Nature et fonction : la réponse à moitié ne vaut rien
C'est l'erreur la plus universelle du corpus. Lille : « De nombreux candidats ne sont pas au fait de la distinction entre “nature” et “fonction”. » Le guide Éduscol rappelle pourtant que cette distinction doit être maîtrisée dès le CM1 — c'est-à-dire, pour un candidat, un prérequis et non une difficulté. Ce que les jurys sanctionnent n'est d'ailleurs pas seulement la confusion, c'est l'incomplétude.
Le manque de rigueur grammaticale a été fortement pénalisé. On attend, en effet, des candidats qu'ils énoncent une nature grammaticale complète. Par exemple, « pronom » ne peut suffire puisqu'il ne permet pas d'identifier la catégorie précise. De même, on attend que soient précisés le verbe pour la fonction « complément d'objet » et le nom pour toutes les fonctions se rapportant au nom.
Lyon va jusqu'à expliciter la règle de correction : sans le terme complété, « la réponse est dépourvue de signification », et les points n'ont été accordés qu'à la condition d'indiquer de quel groupe nominal dépendent le pronom relatif et le groupe nominal prépositionnel, et de quel verbe dépend le complément d'objet indirect. Nantes ajoute que les abréviations sont refusées : « Les abréviations (COI, GNP…) ne sont pas acceptées. »
Créteil formule une distinction technique qu'aucun autre jury n'énonce aussi nettement, et qui explique beaucoup d'échecs : confondre le sémantique et le syntaxique. « Dans l'analyse d'un complément, l'indication “de temps”, “de manière”, par exemple, est d'ordre sémantique et non syntaxique. » Écrire qu'un groupe « indique où voyage l'Empereur » ne dit rien de sa fonction. C'est la même dérive qui produit les réponses impossibles relevées ailleurs : « le sujet est COD » et « objet circonstanciel de lieu » à Strasbourg, le pronom m' identifié comme adverbe ou préposition à Paris.
Dernier réflexe à acquérir, contre-intuitif : n'en dites pas plus que ce qui est demandé. Grenoble prévient que « fournir des informations qui ne sont pas demandées peut être doublement pénalisant » — du temps perdu, et des points retirés si l'ajout est faux. Toulouse le confirme : « Quelques candidats ont été pénalisés lorsqu'ils ont ajouté à une nature correctement identifiée une fonction erronée. » Sur la forme, en revanche, les jurys convergent : le tableau est valorisé. Aix-Marseille : « la forme tabulaire est très appréciée par les correcteurs ».
3. Les manipulations syntaxiques : nommer ne suffit pas, il faut faire
Depuis 2024, les sujets ne demandent plus seulement d'identifier une fonction : ils demandent de la justifier par une manipulation. Bordeaux décrit une exigence double — « non seulement les candidats devaient nommer une manipulation (suppression, déplacement, substitution…) mais ils devaient la réaliser, même pour montrer qu'une manipulation ne livrait pas une phrase correcte » — et conclut que les candidats y ont « majoritairement échoué ». Le réflexe fautif est partout le même :
Le jury constate que les manipulations syntaxiques sont trop souvent mal connues ou mal maîtrisées par les candidats, futurs enseignants. Trop souvent, les questions « qui », « quoi », « où » ont été, à tort, proposées comme manipulation.
Strasbourg fait le même constat : la majorité des candidats se contente « de poser la question “quoi ?” pour identifier le COD », au lieu de pronominaliser ou d'encadrer. Ce n'est pas un détail de forme : la question sémantique donne la mauvaise réponse dans des cas que le texte officiel documente explicitement.
Une compétence est plus rare encore, et distingue immédiatement une copie : savoir dire qu'un cas est ambigu, et le justifier. Le guide Éduscol l'assume : dans Natacha a donné un livre à l'école, « à l'école » est COI si l'école est bénéficiaire du don, complément circonstanciel de lieu si le don s'est produit dans l'école. Les deux analyses sont recevables — à condition de les expliciter. Autre garde-fou souvent oublié : une manipulation doit être jugée sur deux critères, l'acceptabilité grammaticale et l'incidence sur le sens. Permuter Paul et Pierre viendront est neutre ; permuter Les gendarmes poursuivent les voleurs produit une phrase correcte qui dit le contraire.
Ce n'est pas une fragilité individuelle : la recherche en didactique documente la même chose chez les enseignants débutants. Véronique Paolacci et Claudine Garcia-Debanc ont observé que 17 stagiaires sur 20 invoquent l'effacement et le déplacement de façon mécanique, sans nuance, et basculent par défaut vers une catégorisation sémantique (« où ? quand ? ») plutôt que vers une analyse structurale. Le remède est le même pour tout le monde : manipuler pour de vrai, à l'écrit, sur des dizaines de phrases.
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La terminologie que vous révisez est peut-être périmée
C'est le piège le plus injuste de l'épreuve : un candidat peut donner une réponse juste dans la grammaire qu'il a apprise, et perdre les points parce que le concours en attend une autre. Le jury de Lyon le dit sans détour : « Il est donc nécessaire de maîtriser la terminologie grammaticale officielle actuelle — et non celle apprise lors de sa scolarité. »
Le cas d'école est le conditionnel. Dans la terminologie officielle, le conditionnel présent est un temps de l'indicatif, pas un mode. La question revient chaque année, et chaque année elle est ratée :
Il est à noter la reprise, année après année, d'une question portant sur l'identification du conditionnel présent comme temps de l'indicatif et de sa valeur d'emploi. […] Peu de candidats font état d'une connaissance de la Terminologie grammaticale en vigueur. Ils s'appuient davantage sur une grammaire universitaire, la grammaire Bescherelle, ou sur leurs souvenirs scolaires.
Bordeaux parle de « connaissances datées », Dijon et Amiens relèvent la confusion avec le futur ou l'imparfait, Aix-Marseille juge « inquiétante pour de futurs enseignants » la confusion entre serait et existait, et Strasbourg constate que ces confusions « restent difficilement acceptables chez des candidats se destinant au métier de professeur ». Même scénario pour le gérondif, « peu connu des candidats » à Lyon, confondu avec le participe présent à Nice, « peu cité et peu connu comme mode » en Normandie.
Et maintenant l'idée reçue à démonter, parce qu'elle circule beaucoup dans les contenus de préparation : « complément de phrase » et « prédicat » ne sont pas la terminologie moderne — ce sont des termes périmés. Ils ont été introduits par les programmes de 2015-2016, puis retirés par les ajustements de 2018 au profit du retour à COD/COI et à complément circonstanciel. La Terminologie grammaticale de 2020 confirme ce retour : elle emploie « complément circonstanciel » et qualifie le prédicat de terme « d'intérêt limité », dont l'usage est « mentionné mais non imposé ». « Complément de phrase » est resté la terminologie québécoise ; ce n'est pas la française.
Une nuance honnête, formulée par Créteil : la terminologie n'est pas un dogme, et « un choix de terminologie n'a pas vocation à être sanctionné, notamment quand il s'agit d'un élément qui en linguistique est sujet à débats » — le jury cite précisément l'alternative complément circonstanciel / complément de phrase. Mais c'est une tolérance d'une académie, pas une règle nationale. En revanche, ajoute le même jury, il est attendu « de ne pas confondre une catégorie (comme celle des noms) et un rôle syntaxique (comme celui de complément) ». La forme est négociable, la logique d'analyse ne l'est pas.
Les autres faux amis à corriger avant les écrits :
- « donc » n'est pas une conjonction de coordination, c'est un adverbe. La liste des conjonctions de coordination est fermée : mais, ou, et, or, ni, car.
- Il y a trois types de phrases — déclaratif, interrogatif, impératif. L'exclamation est une forme de phrase, pas un quatrième type.
- On dit « verbe attributif », pas « verbe d'état ».
- L'infinitif et le participe sont des formes de la conjugaison, pas des « formes non conjuguées ».
- On ne dit pas « forme positive » ni « forme active » : la phrase positive, active et non exclamative est la phrase de base.
- COD et COI, pas CDV ni CIV : ces derniers sont belges et québécois.
Les jurys donnent eux-mêmes la solution, et elle est gratuite : les deux ouvrages Éduscol, La grammaire du français — Terminologie grammaticale (2020) et La grammaire du français du CP à la 6e (2022). Reims le formule le plus simplement :
Les questions posées au concours sont sans surprise et sans piège particulier. La grammaire s'apprend. Les candidats qui s'approprieront, par une lecture régulière et méthodique, l'ouvrage de Philippe Monneret et Fabrice Poli, La Grammaire du français : terminologie grammaticale, téléchargeable sur Eduscol, se prépareront efficacement à affronter n'importe quelle question de grammaire qui pourrait leur être posée.
Lexique : 3 points, et la partie qui creuse les écarts
C'est la plus petite partie du barème et, proportionnellement, souvent la plus mal réussie. Lille : « Comme l'année dernière, les jurys constatent des difficultés majeures dans le domaine lexical » — et, sans détour, « cette partie de l'épreuve de français est discriminante ». Aix-Marseille : sur la seule question portant sur une expression métaphorique, « plus de la moitié des copies évaluées n'ont pas proposé une réponse satisfaisante ». À Nantes, la moyenne est de 1,63/3, avec 51 % des candidats sous 1,5/3 et 18 % seulement au-dessus de 2,25/3.
Le mécanisme d'échec dominant est toujours le même : répondre sur le mot, pas sur le mot en contexte. En 2025, le mot candeur a reçu pour synonyme « personne » dans de nombreuses copies à Lyon comme en Normandie ; l'adjectif grêle de l'expression « cou grêle » a été rapproché de l'événement climatique à Aix-Marseille comme à Toulouse. Deux règles de correction méritent d'être connues avant l'épreuve :
Aucun point n'est accordé si plusieurs synonymes sont proposés même si l'un d'eux est juste parce qu'il revient au candidat, non aux correcteurs, de trouver le synonyme adéquat.
Paris confirme : « Les candidats ayant proposé des listes de synonymes (alors que la consigne en demandait “un” par mot) ont été la plupart du temps desservis par cette technique, car les listes pouvaient comporter des réponses inexactes, ce qui invalidait la réponse. » Le second point est le métalangage. Nantes énumère ce qui est attendu : préfixe, radical, suffixe, dérivation — « des mots attendus » — et rappelle deux contraintes : « les synonymes sont de même nature grammaticale » et « l'explication du sens d'un mot ne doit pas recourir à des mots de la même famille ».
La partie réflexion : la norme que personne ne vous a écrite
C'est la partie la plus lourde du barème (9 points sur 20 en 2025) et la plus discriminante. Aix-Marseille est précis sur le point où l'écart se creuse : 56 % des copies sous la moyenne, et « ce n'est pas sur la construction ou la correction de la langue que cet écart se fait mais sur le propos lui-même : la richesse des références personnelles, leur variété, mais aussi et surtout la pertinence de leur citation ».
Premier point à évacuer : ce n'est pas une dissertation. Le cadrage national, repris de façon quasi identique par Dijon, Lyon, Créteil, Nice et Montpellier, est explicite :
Le temps imparti ne permet pas, en effet, d'exiger des candidats une composition type dissertation. Une réflexion structurée en plusieurs paragraphes, amenée par une brève introduction, achevée par une courte conclusion, illustrée d'exemples divers, peut répondre aux attentes, quand elle est en outre rédigée dans une langue correcte.
Mais ce n'est pas non plus un commentaire de texte. Lyon range explicitement le commentaire du texte support parmi les hors-sujets, Grenoble constate qu'« il y a toujours des candidats qui se contentent d'un commentaire du texte […] parce qu'ils n'ont pas compris l'exercice ». Le plan dialectique plaqué est refusé lui aussi : Lyon rejette les copies opposant « l'art entretient des rapports avec le réel » à « l'art n'a pas de rapport avec le réel », Toulouse sanctionne « une démarche dialectique trop binaire […] sans réellement interroger les enjeux du sujet ni définir avec rigueur les concepts mobilisés ».
Ce qui rend le rapport de Lyon 2025 exceptionnel, c'est qu'il écrit la norme attendue, ce qu'aucune autre source publique ne fait :
Compte-tenu du temps dont disposent les candidats pour cette épreuve, il est difficilement envisageable d'aller au-delà d'un plan en deux grandes parties composées chacune de deux sous-parties. Il est en revanche impossible qu'une copie ne propose qu'une seule grande partie ou que cette dernière ne compte qu'une seule sous-partie.
Le même rapport détaille l'introduction — « un seul et unique paragraphe » articulant « une présentation des enjeux du texte support, une problématique énoncée sous la forme d'une interrogative directe ou indirecte, l'annonce des intitulés des grandes parties du plan (il est inutile d'annoncer les sous-parties) » — et jusqu'à la mise en page : un saut de ligne entre l'introduction et la première partie, entre les grandes parties, et avant la conclusion ; un simple alinéa entre sous-parties, jamais de saut de ligne. La Normandie complète par l'autre bout : « Il est nécessaire d'élaborer une conclusion qui ne se limite pas à une phrase, affirmant une idée et son contraire dans une sorte de nébuleuse “ni oui ni non” et ne rappelant pas explicitement les enjeux du sujet. »
Les références : le constat le plus sévère du corpus
Si un seul passage devait faire réviser votre méthode de préparation, c'est celui-ci. Le jury de Paris explique comment il repère, à la lecture, une culture apprise par fiches :
Concernant les références censées venir étayer la réflexion, elles s'avèrent régulièrement trop pauvres […], nommées sans précision (« la poterie antique », les « peintures de bataille ») ou se retrouvent identiques de copies en copies, ce qui laisse à penser que ces connaissances ne sont que de seconde main, résultant peut-être de cours de préparation au concours. Ainsi, le jury a énormément retrouvé d'allusions au même tableau de PICASSO (Guernica), à la même toile de DELACROIX, aux Nymphéas de MONET, à ZOLA.
Amiens dit la même chose en 2024 : « les références littéraires sont souvent pauvres et se limitent aux œuvres travaillées lors de la préparation du concours. » La leçon est contre-intuitive : apprendre cinq exemples « qui marchent » vous place mécaniquement dans le lot des copies interchangeables. Trois autres écueils s'ajoutent, tous documentés :
- Les attributions fausses. La Normandie liste, verbatim : « L'étranger confondue avec Germinal ; FLAUBERT confondu avec MAUPASSANT ; BALZAC confondu avec ZOLA ; HUGO confondu avec MAUPASSANT », et l'auteur du « Dormeur du val » confondu avec Hugo ou Maupassant. Lyon ajoute : « Candide n'est pas écrit par Emile Zola mais par Voltaire, La Joconde n'est pas peinte par Picasso mais par Léonard de Vinci. » Une référence fausse fait plus de dégâts qu'une référence absente.
- Les repoussoirs nommés par les jurys. Dijon écrit que « des mentions comme 50 nuances de Grey ou Les Chroniques de Bridgerton compromettent la crédibilité de l'analyse ». La Normandie relève des références « limitées au domaine populaire médiatique (Gad Elmaleh, Céline Dion, Vianney, le dessin animé Franklin, Mickey 3 D, Emily in Paris, Star Wars, Silo…) ». Lyon juge « très discutable » d'évoquer La Reine des Neiges ou Spiderman, et s'interroge sur « les guides touristiques », « les filtres sur les réseaux sociaux », « les jeux vidéos » ou « les séries Netflix ».
- L'exemple non exploité. C'est le reproche le plus universel. Toulouse : « Trop de copies proposent une accumulation d'exemples pas suffisamment exploités. Soit les références sont trop générales (“les tableaux de Van Gogh”, “les contes de fées”) et donc peu exploitables, soit elles forment un catalogue désordonné. » La Normandie pointe l'absence de hiérarchisation : « prendre une photo avec son téléphone portable est assimilé à un acte de création artistique tout autant qu'un tableau de MAGRITTE ».
Deux détails de forme, enfin, coûtent des points sans que personne ne les enseigne. Nantes rappelle que « les titres de romans sont à souligner et que ceux des nouvelles ou poèmes sont à citer entre guillemets, et que tout titre porte une majuscule », et qu'« il n'y a pas lieu en revanche de souligner les noms d'auteurs ». Et Lyon met en garde contre les accroches creuses, du type « De tout temps les Hommes ont établi des relations entre l'art et le réel » — des « truismes qui n'ont pas de valeur scientifique ».
Le conseil de préparation le plus concret vient encore de Lyon : tenir un carnet de lecteur, se constituer « des fiches sur les œuvres majeures » et « une banque d'exemples issus de domaines différents (littéraire, artistique et culturel), voire de citations pouvant illustrer des thèmes majeurs ». Une banque personnelle, construite sur un an, ne ressemble à aucune autre — c'est exactement ce que le jury de Paris ne trouve pas.
Votre propre orthographe : le malus le plus large de l'épreuve
C'est le poste de points perdus le plus évitable, et le plus répandu. Il ne concerne aucune question en particulier : il traverse toute la copie.
L'orthographe reste une faiblesse majeure : environ 70 % des copies ont été pénalisées.
Amiens quantifie autrement : « près de 25 % des copies contiennent plus de 10 erreurs orthographiques ou syntaxiques », avec des fautes récurrentes citées telles quelles — malgrés que, parmis, comme même, le champs lexical — et les confusions d'homophones a/à et ce/se. À la session supplémentaire de Créteil 2025, la moitié des candidats a obtenu moins de 1,5 point sur les 3 points réservés à l'orthographe.
Ce qui se publie très peu, et que le dépouillement révèle : le dispositif de pénalisation n'est pas le même d'une académie à l'autre.
Ce que votre orthographe peut vous coûter, selon l'académie
Points de malus maximum, sur les 20 points de l'épreuve. Le dispositif de pénalisation n'a rien de national. Lyon procède « par décompte de points » sans annoncer de plafond : l'académie figure dans le tableau de données, pas sur le graphique.
Source : Rapports de jury 2025 des académies de Lille, d'Aix-Marseille, de Créteil, de Normandie et de Lyon ; rapport de jury 2023 de l'académie de Poitiers
Voir les données
| Académie | Session | Malus maximum | Dispositif |
|---|---|---|---|
| Lille | 2025 | 4 points | Malus « en fonction du nombre et de la nature des erreurs relevées » |
| Aix-Marseille | 2025 | 3 points | Points réservés à la correction de la langue : structure grammaticale, accords, lexique précis, qualité de la graphie |
| Créteil | 2025 | 3 points | Points réservés à l'orthographe |
| Poitiers | 2023 | 3 points | 0,5 pt par erreur d'orthographe grammaticale et 0,25 pt par erreur lexicale, sur les deux premières pages de la réflexion |
| Normandie | 2025 | 1,5 point | Plafond du malus |
| Lyon | 2025 | Non plafonné | Décompte de points sur les réponses elles-mêmes |
Lille applique « un malus de quatre points sur vingt en fonction du nombre et de la nature des erreurs relevées ». Aix-Marseille réserve trois points à la correction de la langue, évalués sur quatre critères : « la structure grammaticale des phrases, la correction orthographique particulièrement dans les différents accords, l'emploi d'un lexique précis et la qualité de la graphie ». La Normandie plafonne le malus à 1,5 point. Poitiers avait retiré, sur les deux premières pages de la réflexion, un demi-point par erreur d'orthographe grammaticale et un quart de point par erreur lexicale, dans la limite de trois points. Lyon procède « par décompte de points » sur les réponses elles-mêmes.
Précision méconnue et utile, toujours de Lyon : tout ne doit pas être rédigé. « Les questions techniques de grammaire et de vocabulaire peuvent conduire les candidats à proposer une réponse sous la forme d'une phrase averbale ou d'une réponse tabulaire. En revanche, les questions de réflexion sur le lexique […] ainsi que la question III appellent des réponses intégralement rédigées. C'est sur ces parties à rédiger intégralement qu'est évaluée la correction linguistique. » Sachez donc où se joue l'orthographe — sans pour autant vous relâcher ailleurs.
Les jurys assument la sévérité, et l'expliquent. Lyon donne la formulation la plus juste :
Tout en reconnaissant que les candidats qui se présentent au CRPE ne sont pas des spécialistes du français, il n'en demeure pas moins qu'ils seront, après leur recrutement, les premiers à transmettre les rudiments de la langue aux élèves dont ils auront la charge […], puisqu'ils sont amenés à être des modèles pour leurs élèves néo-scripteurs. Les correcteurs sont parfaitement à même de distinguer une erreur exceptionnelle, due à un moment d'inattention ou à l'émotion lors de l'épreuve, d'une erreur souvent récurrente.
Un mot pour désamorcer la culpabilité, parce qu'elle est mauvaise conseillère : cette fragilité est en partie générationnelle. L'enquête de Danièle Manesse et Danièle Cogis, qui a fait passer la même dictée en 1987 et en 2005 à 2 767 élèves de 123 classes, conclut que « l'écart entre les résultats des élèves de 1987 et ceux de 2005 est en moyenne de deux niveaux scolaires ». Les candidats d'aujourd'hui ont été scolarisés dans cette période. L'insécurité orthographique n'est pas un défaut personnel — mais elle se travaille, et le concours ne la pardonne pas.
Enfin, la relecture. Lyon en donne la check-list la plus opérationnelle du corpus : « la correction des accords (sujet/verbe, noms/adjectifs), la correction des conjugaisons, la correction des emplois des pronoms, des reprises pronominales, l'absence de confusion entre les différents homophones (à/a ; ce/se ; son/sont…), toute autre erreur connue comme récurrente (par exemple, l'absence d'accent ou de ponctuation), la correction de la syntaxe. » Et Paris précise la manière : « il est souhaitable de relire deux fois sa copie, une première fois pour le sens et une seconde exclusivement pour l'orthographe, la syntaxe et la ponctuation ».
Dernier point de langue, souvent ignoré : le registre. Aix-Marseille pénalise les copies « dont la langue est parfois très familière (adresses au correcteur, abus des questions rhétoriques, abréviations…) », Lille celles dont la langue écrite « s'apparente à de l'oral mal maitrisé », et Amiens relève des expressions comme « de base » employées dans une copie de concours.
Les erreurs de stratégie : temps, sur-détail, copie
À connaissances égales, deux candidats n'obtiennent pas la même note. La différence se joue souvent avant même la première réponse.
La partie 3 sacrifiée
Le scénario type est décrit par la Normandie en 2024 : « Les questions sont prises dans l'ordre, avec une répartition de l'effort au détriment de la troisième partie. » Amiens le constate la même année : « La partie 3 est souvent incomplète, témoignant d'une mauvaise anticipation de la répartition du temps de travail. […] Les candidats les plus fragiles […] ont laissé un plan apparent et ont réalisé un écrit abrégé, peu lisible et en proposant une conclusion artificielle. » Toulouse ajoute un effet secondaire mesurable : « une augmentation du nombre de fautes dans la dernière partie du devoir ».
Honnêteté du corpus : ce constat s'améliore. En 2025, la Normandie note que « les candidats n'ont visiblement pas manqué de temps », Nice que « la grande majorité des candidats s'efforcent de traiter le sujet sans “impasses” visibles », Nantes qu'« une très faible part des copies laisse deviner un manque de temps ». La méthode qui produit ce résultat est décrite par Paris : s'entraîner d'abord sans contrainte de temps pour acquérir une rédaction fluide, puis en temps limité à de nombreuses reprises.
Le sur-détail, erreur de stratégie plus que de connaissance
Nous l'avons vu pour la grammaire : en dire plus que demandé fait perdre du temps et peut coûter des points. Créteil ajoute le travers inverse, tout aussi coûteux : « Une liste ou des mots donnés sans rappel de la question ni indication particulière échouent généralement à constituer une réponse ». Entre le catalogue et la dissertation, l'attendu est une réponse brève, complète et explicitement rattachée à la question.
La copie : elle est scannée, et elle est lue vite
Les copies sont numérisées avant d'être transmises aux correcteurs. Toulouse en tire des consignes matérielles précises : pagination rigoureuse, écriture et tracés très lisibles, encre foncée, et « les stylos effaçables par friction sont à proscrire car risque de disparition des écritures ». La Normandie insiste : « la pagination de l'intégralité de la copie est nécessaire ».
Le soin est chiffré dans la note. Toulouse : « Les copies peu soignées, peu lisibles, faisant état d'un manque de rigueur dans la rédaction (absence de guillemets pour les termes cités par exemple) […] font l'objet d'une pénalisation », parfois « lourdement ». Nantes va plus loin sur l'illisibilité : « le candidat s'expose à ce que ses réponses ne soient pas déchiffrées et que les points afférents ne lui soient pas comptabilisés ». Et la graphie elle-même est lue comme une compétence professionnelle — Bordeaux comme Dijon rappellent qu'on postule pour enseigner l'écriture.
Concours bac+3 : ce qui change, ce qui ne change pas
Deux concours coexistent une dernière fois en 2027 : le concours bac+3 issu de l'arrêté du 17 avril 2025, et le concours bac+5 « transitoire », dont 2027 est l'ultime session. Pour l'écrit de français, la continuité est presque totale — les trois parties sont définies dans des termes identiques dans les deux arrêtés.
Le français à l'écrit : bac+5 (2027) et bac+3 (à partir de 2026)
| Critère | Bac+5 (arrêté du 25/01/2021) | Bac+3 (arrêté du 17/04/2025) |
|---|---|---|
| Statut | Épreuve autonome de français | Une partie d'une épreuve français + mathématiques |
| Durée | 3 h pour le français seul | 4 h pour les deux matières |
| Notation | /20, coefficient 1 | /10, épreuve de coefficient 5 |
| Note éliminatoire | ≤ 5/20 sur l'épreuve | ≤ 2,5/10 sur la seule partie français |
| Texte support | 400 à 600 mots | n'excédant pas 500 mots |
| Structure | Étude de la langue · lexique · réflexion | Identique (trois « phases ») |
| Partie réflexion | « un développement présentant un raisonnement rédigé et structuré » | « un court développement » — 20 à 30 lignes sur les sujets 2026 |
| Didactique | Aucune | Aucune |
Sources : arrêté du 25 janvier 2021 et arrêté du 17 avril 2025 (Légifrance) ; devenirenseignant.gouv.fr.
Un seul changement modifie la stratégie de révision : le seuil éliminatoire porte désormais sur la partie français elle-même, et non plus sur une épreuve entière. Sacrifier le français pour miser sur les mathématiques — ou l'inverse — devient éliminatoire.
Pour tout le reste, les rapports 2022-2025 restent votre meilleure source : les erreurs qu'ils décrivent portent sur des exercices identiques. Les premiers rapports de jury du concours réformé sont attendus à l'automne 2026.
Le plan d'entraînement en 7 points
Tout ce qui précède se résume à sept décisions de préparation, dans cet ordre :
- Téléchargez les deux grammaires Éduscol et travaillez avec elles, pas avec vos souvenirs. Vérifiez d'abord vos propres angles morts : conditionnel, gérondif, complément circonstanciel, types de phrases, « donc ».
- Faites de la phrase complexe votre chantier n° 1. Délimiter les propositions, nommer chacune avec les mots attendus (« proposition subordonnée relative », pas « relative »), repérer infinitive et participiale par leur sujet propre. C'est l'exercice le plus échoué du concours, donc celui où l'on gagne le plus vite.
- Manipulez pour de vrai. Pronominalisation, encadrement par « c'est… qui », déplacement, effacement, substitution : écrivez la phrase transformée, y compris quand elle est agrammaticale — c'est justement ce qui fait la preuve.
- Répondez complet, et rien de plus. Nature précise + terme complété, en tableau quand c'est possible, sans abréviation. Rien de ce qui n'est pas demandé.
- Constituez votre banque d'exemples personnelle. Un carnet de lecteur, des fiches sur les œuvres que vous maîtrisez, classées par thèmes. Un exemple maîtrisé et exploité vaut mieux que cinq références de fiche.
- Réservez un vrai temps de relecture, en deux passes : une pour le sens, une exclusivement pour l'orthographe, la syntaxe et la ponctuation. Sur une copie où l'orthographe peut coûter jusqu'à quatre points, c'est le meilleur rendement horaire de l'épreuve.
- Entraînez-vous sur des sujets de brevet, comme le recommandent quatre jurys, puis sur des sujets complets en temps limité — et lisez le rapport de jury de votre académie : les barèmes et les malus n'y sont pas les mêmes qu'ailleurs.
Le mot de la fin revient au jury de Lyon, qui rappelle que la réussite « ne doit rien au hasard » :
L'épreuve n'est pas hors de portée, il s'agit simplement de s'y préparer avec assiduité. La clé réside sans doute dans une fréquentation quotidienne et assidue des textes et une réflexion permanente sur les thèmes qui s'y déploient.
Travaillez ces points, un peu chaque jour
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Questions fréquentes
En quoi consiste l'épreuve écrite de français du CRPE aujourd'hui ?
Depuis la session 2022, l'épreuve prend appui sur un texte de 400 à 600 mots et comporte trois parties : une partie d'étude de la langue (connaissances syntaxiques, grammaticales et orthographiques), une partie de lexique et compréhension lexicale, et une partie de réflexion suscitée par le texte, sous la forme d'un développement rédigé et structuré. Elle est notée sur 20, dure 3 heures et une note inférieure ou égale à 5 est éliminatoire (arrêté du 25 janvier 2021, applicable jusqu'à la session 2027 du concours bac+5). Le concours bac+3, ouvert depuis 2026, reprend ces trois parties à l'identique, en plus court.
Faut-il encore réviser l'analyse de productions d'élèves pour l'écrit de français ?
Non. L'analyse de productions d'élèves et l'analyse de dossiers pédagogiques appartenaient à l'ancienne épreuve, celle de l'arrêté du 19 avril 2013, supprimée après la session 2021. Aucun des 25 rapports de jury 2023, 2024 et 2025 que nous avons dépouillés ne comporte, dans sa section « épreuve écrite de français », de partie consacrée à ces exercices. La didactique du français reste en revanche évaluée à l'oral de leçon du concours bac+5.
Quelle grammaire faut-il utiliser pour réviser le CRPE ?
Les jurys renvoient à deux ouvrages gratuits publiés sur Éduscol : « La grammaire du français — Terminologie grammaticale » (Monneret et Poli, 2020) et « La grammaire du français du CP à la 6e » (2022). Le jury de Reims 2025 est explicite : les candidats qui s'approprient l'ouvrage de Monneret et Poli « se prépareront efficacement à affronter n'importe quelle question de grammaire ». Une grammaire universitaire, un Bescherelle ou des souvenirs scolaires ne suffisent pas, et produisent souvent des réponses obsolètes.
Le conditionnel est-il un mode ou un temps au CRPE ?
Dans la terminologie grammaticale officielle, le conditionnel présent est un temps de l'indicatif, pas un mode — la terminologie reconnaît que l'usage scolaire le traite parfois encore comme un mode, mais c'est la première réponse qui est attendue. Le jury de Grenoble note que la question revient « année après année » et que le conditionnel reste massivement perçu comme un mode. Autre écueil fréquent : le confondre avec l'imparfait ou le futur, avec lesquels il partage des marques.
Dit-on « complément circonstanciel » ou « complément de phrase » ?
Complément circonstanciel. « Complément de phrase » et « prédicat » ont été introduits par les programmes de 2015-2016, puis retirés par les ajustements de 2018 ; la Terminologie grammaticale officielle de 2020 emploie « complément circonstanciel » et qualifie le prédicat de terme « d'intérêt limité ». « Complément de phrase » reste en usage au Québec, pas en France. Le jury de Créteil 2025 indique tolérer les deux termes, mais c'est une tolérance locale : la formulation officielle est la seule sûre.
Combien de fautes d'orthographe peut-on faire dans sa copie ?
Il n'y a pas de seuil national : chaque académie fixe son dispositif. Lille 2025 applique un malus pouvant aller jusqu'à 4 points sur 20, Aix-Marseille et Créteil réservent 3 points à la correction de la langue, la Normandie plafonne le malus à 1,5 point, Poitiers retirait en 2023 un demi-point par erreur d'orthographe grammaticale et un quart de point par erreur lexicale, dans la limite de 3 points. À Nice en 2025, environ 70 % des copies ont été pénalisées ; à Amiens en 2024, près de 25 % comptaient plus de dix erreurs.
Comment structurer la partie réflexion de l'écrit de français ?
Au concours bac+5, le jury de Lyon 2025 donne la norme la plus précise du corpus : un plan en deux grandes parties composées chacune de deux sous-parties, et une introduction en un seul paragraphe articulant présentation des enjeux du texte, problématique sous forme interrogative et annonce des grandes parties ; la Normandie ajoute que la conclusion doit rappeler explicitement les enjeux du sujet. Ce n'est pas une dissertation universitaire, mais un commentaire du texte support ou un plan dialectique binaire sont considérés comme hors sujet. Au concours bac+3, la consigne est différente : les trois sujets de la session 2026 demandent un propos structuré et argumenté de 20 à 30 lignes et précisent que la rédaction d'une introduction et d'une conclusion n'est pas attendue. Dans tous les cas, la consigne imprimée sur votre sujet prime.
Sources de l'article
- Légifrance — Arrêté du 25 janvier 2021 (épreuves du CRPE, sessions 2022 à 2027)
- Légifrance — Arrêté du 17 avril 2025 (épreuves du concours externe bac+3, à partir de 2026)
- devenirenseignant.gouv.fr — Les épreuves du concours externe bac+3 de recrutement de professeurs des écoles
- devenirenseignant.gouv.fr — Sujets de la première épreuve écrite d'admissibilité du concours externe bac+3, session 2026 (groupements 1 à 3)
- Éduscol — La grammaire du français : Terminologie grammaticale (Monneret & Poli, DGESCO, éd. 2021)
- Éduscol — La grammaire du français du CP à la 6e (guides fondamentaux pour enseigner, 2022)
- Éduscol — Préparer le diplôme national du brevet avec les sujets des annales
- Rapport de jury CRPE — Académie d'Aix-Marseille, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie d'Aix-Marseille, session 2023
- Rapport de jury CRPE — Académie d'Amiens, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Bordeaux, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Bordeaux, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Bordeaux, session 2021 (ancienne épreuve sur 40 points)
- Rapport de jury CRPE — Académie de Corse, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Créteil, session 2025 (épreuves écrites, SIEC)
- Rapport de jury CRPE — Académie de Dijon, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Grenoble, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Grenoble, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Lille, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Limoges, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Lyon, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Nantes, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Nice, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Normandie, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Normandie, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Paris, session 2025 (SIEC)
- Rapport de jury CRPE — Académie de Poitiers, session 2023
- Rapport de jury CRPE — Académie de Reims, session 2025
- Rapport de jury CRPE — Académie de Strasbourg, session 2024
- Rapport de jury CRPE — Académie de Toulouse, session 2025
- Réseau Canopé — Ajustements de programme 2018 : quelles modifications ? (retrait du prédicat et du complément de phrase)
- V. Paolacci & C. Garcia-Debanc, « Enseigner les compléments circonstanciels à l'école et au collège quand on débute », PU du Septentrion, 2017
- D. Manesse & D. Cogis, « Orthographe : à qui la faute ? » (ESF, 2007) — compte rendu, Revue française de pédagogie
Méthodologie : cet article s'appuie sur le dépouillement de 40 rapports de jury académiques du CRPE (sessions 2021 à 2025), lus dans leur section consacrée à l'épreuve écrite de français, et sur les textes réglementaires et les ressources Éduscol citées ci-dessus. Chaque citation de jury a été relevée dans le PDF officiel de l'académie mentionnée. Les points relevant de la didactique ou de la recherche sont attribués à leurs auteurs et ne sont jamais présentés comme des attentes de jury. Article publié le 25 juillet 2026 ; il sera mis à jour à la parution des premiers rapports de jury de la session 2026, attendus à l'automne 2026.
